Le Visage de la Résistance : Leçons du mouvement Sénégalais

4 December 2017

Tandis que l’exposition Le Visage de la Résistance s’ouvre à Dakar, la co-créatrice Leyla Hussein partage son expérience auprès des militants en Afrique. 

Depuis que nous avons présenté notre projet aux Etats Unis et en Irlande l’année dernière, il était évident que nous devions ensuite l’emmener en Afrique. Pour moi, il s’agit d’un sujet très personnel – je suis une survivante de l’excision et un enfant de l’Afrique. Encouragée par mon amie proche, feu Efua Dorkenoo, j’ai créé Le Visage de la Résistance afin de raconter les histoires de militants et de survivantes de l’excision autour du monde – et il était temps d’aller là où la pratique est la plus courante.

En juillet 2017, avec Jason Ashwood, photographe talentueux et co-créateur du Visage de la Résistance, nous nous sommes envolés pour le Sénégal – ma deuxième visite en dix ans. Soukeyna Diallo, l’officer de Génération Fille au Sénégal, a été notre guide et conseillère de confiance. Elle a insisté pour que nous nous rendions dans les régions du Sénégal où l’excision est encore majoritairement pratiquée. Nous avons accepté – sans vraiment savoir où cela allait nous mener – et nous sommes partis pour Tambacounda, Makakoulibantang, Kolda pour au final rejoindre la capitale, Dakar, tout en rencontrant et photographiant des membres de Génération Fille. Voyager et travailler sous 40 degrés et réussir à développer des portraits calmes et parfaits a été un véritable accomplissement. Ce fut un long voyage – en terme de kilomètres et en terme de leçons apprises. Nous avons réussi à prendre 15 beaux portraits et nous avons pris le temps de parler avec chaque modèle, afin de comprendre et enregistrer l’histoire de chacun. 

 

Ce fut un long voyage – en terme de kilomètres et en terme de leçons apprises. Nous avons réussi à prendre 15 beaux portraits, et nous avons pris le temps de parler avec chaque modèle, afin de comprendre et enregistrer l’histoire de chacun. 

Pour moi, c’est ce qui est de plus puissant à propos de ce projet – les portraits sont dignes, pleins d’espoir, émouvants. Les témoignages mettent en lumière l’implication de ces personnes inspirantes, qui ont subi l’inimaginable pour lutter contre l’excision.


Inclure des hommes pour la première fois 

Dans la collection originale, nous avons photographié des femmes – des survivantes et des militantes. Cette fois-ci, nous avons ajouté des hommes : des pères qui ont empêché que leurs filles soient excisées et des militants qui luttent au sein des communautés pour s’assurer que les filles sont protégées de toute forme de violence.

Ce qui m’a le plus intéressée, c’était de voir leur vision du privilège masculin. La plupart étaient d’accord pour dire qu’ils ne rencontraient pas de difficultés à ce sujet. « Je suis un homme; je suis respecté de tous. J’utilise ce privilège pour faire le bien, et j’aimerais que plus d’hommes fassent de même. »

« Notre club féminin aide les filles à comprendre les conséquences de l’excision et l’importance de prendre leur futur entre leurs mains. » - Babacar Sy

 


Une grande décision – doit-on inclure des ex-exciseuses ?

L’une des plus grandes décisions que nous avons prises pour cette collection a été de photographier des anciennes exciseuses. Pour être honnête, j’ai longtemps hésité. Mais plusieurs militants rencontrés au détour de mes voyages en Afrique m’ont répété l’importance de raconter tous les aspects de l’histoire. J’ai pris la décision de photographier des exciseuses qui ont été contraintes d’adopter ce métier – et qui ont depuis abandonné la pratique. Ces femmes sont, aujourd’hui, des militantes. Elles provoquent elle-même du changement. Nous espérons qu'en partageant ces témoignages, nous pourrons inspirer d'autres à faire de même.

Nous espérons qu'en partageant ces témoignages, nous pourrons inspirer d'autres à faire de même.

Cela n’a pas été un processus facile pour moi. J’ai ressenti beaucoup de colère et de frustration mais dès que j’ai pu m’asseoir avec ces femmes et entendre leurs histoires, j’ai ressenti un besoin de les protéger. Une exciseuse en particulier m’a expliquée avoir des cauchemars récurrents à cause du mal qu’elle a infligé à tant d’enfants. J’ai été confrontée à un dilemme : Dois-je les ignorer ? Ou dois-je utiliser cette plateforme pour raconter leurs histoires et essayer d’inspirer d’autres exciseuses à faire de même et abandonner cette pratique ? 


Notre objectif fondamental est de faire abolir cette pratique pour de bon

Une des leçons principales que j’ai pu apprendre au Sénégal a été de constater que les militants locaux n’ont que faire des débats inutiles sur les terminologies, tels que « MGF vs. Excision ». Leur raison est toute simple : « Leyla, nous n’avons pas le temps de tergiverser sur cela, alors qu’une petite fille est excisée toutes les onze secondes. Notre objectif fondamental est d’abolir cette horrible pratique pour de bon et d’utiliser tous les moyens possibles pour cela. Nous avons besoin de soutien et de ressources supplémentaires. Nous n’avons pas besoin que vous veniez nous expliquer comment agir. Nous connaissons nos communautés mieux que personne. »

« Nous avons besoin de soutien, et de ressources supplémentaires. Nous n’avons pas besoin que vous veniez nous expliquer comment agir. Nous connaissons nos communautés mieux que personne. »

Le Sénégal restera un pays qui remet en question mes croyances et mes valeurs – mais aussi difficile que cela puisse être, je ressens toujours beaucoup d’amour et de gentillesse ici. Je ressens tant de gratitude et c’est un grand honneur de pouvoir travailler avec mes compatriotes Africains, qui nous accordent leur confiance, à Jason, Génération Fille et moi-même, pour partager au monde entier leurs histoires et témoignages de succès et d’échecs. C’est un honneur absolu.

Cher Sénégal, j’ai hâte de te revoir bientôt.

Chère Afrique, j’ai hâte de pouvoir travailler avec tes nombreuses autres contrées pour développer le projet du Visage de la Résistance.

L’exposition se tiendra à Dakar le mardi 5 et le mercredi 6 décembre 2017 à la Maison de la Presse (Média rue 5 X Corniche) : http://www.maisondelapresse.gouv.sn/

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Leyla Hussein

End FGM Ambassador

Global

Leyla Hussein is a trained psychotherapist who established the Dahlia project, a support group for survivors of FGM and the non-profit organisation, Daughters of Eve.

Leyla has helped develop appropriate safeguarding guidelines are in place for our ambassadors.

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