N'oublions pas ceux sur le terrain - Réflexions d'une jeune leader qui pensait tout savoir

5 December 2017

Zipporah Dione (tout à droite) est doctorante en droit. Elle travaille pour le ROAJELF Sénégal et elle milite contre l’excision depuis 2014. En juillet 2017, elle a accompagné les équipes de Génération Fille et du Visage de la Résistance au Sénégal pour photographier des militants et survivantes de l'excision au sud du Sénégal.

A propos du Visage de la Résistance

Les 5 et 6 décembre 2017, le projet photographique contre l’excision exposera à Dakar pour marquer les 16 Jours de Lutte contre les Violences faites aux Femmes. Créé par Leyla Hussein et Jason Ashwood, ce projet rend hommage aux survivantes de l’excision ainsi qu’aux militants qui ont accepté de parler publiquement de leurs expériences – la plupart pour la première fois. 

Leyla Hussein explique comment lui est venue l’idée de ce projet via une interview avec The Guardian:

« J’en avais assez de voir que les survivantes de l’excision étaient systématiquement représentées comme des femmes tristes et détruites. Nous avons eu le privilège de photographier parmi les plus belles, puissantes et extraordinaires survivantes et militantes. Nous sommes vraiment honorés de pouvoir présenter ce projet – et leur travail –à un  large public. »

Zipporah partage son expérience

Au lieu de nous rendre au Sénégal dans le but de rencontrer les leaders du mouvement au sein de la capitale, l’équipe du Visage de la Résistance a voulu aller directement à la source de la lutte – et rencontrer les personnes sur le terrain, celles qui mettent leur propre vie en danger pour lutter contre l’excision au sein des communautés qui la pratiquent. Je n’avais jamais eu l’opportunité de rencontrer ces personnes avant – de voir l’environnement dans lequel elles vivent et leur réalité, qui est si différente de nos vies citadines au sein de la capitale.

Je fais partie du mouvement de lutte contre l’excision depuis 2014. Je pensais tout savoir à ce sujet. Je suis membre du ROAJELF et la lutte en faveur de l’abolition de l’excision est l’un de nos objectifs principaux. Je pensais comprendre toutes les problématiques liées à cette pratique, et je pensais comprendre les différentes communautés impliquées. Mais maintenant, je réalise mes lacunes et mes idées reçues.

C’est la première fois qu’un projet de sensibilisation de telle ampleur s’est implanté sur le terrain, dans des régions reculées. Avant cela, il n’y avait aucune réelle reconnaissance du travail incroyable réalisé sur le terrain par les militants, les ‘anonymes’  – ces femmes simples, inconnues, mais qui dédient leur vie entière à la cause.

C’est la première fois qu’un projet de sensibilisation de telle ampleur s’est implanté sur le terrain, dans des régions reculées.

Le Visage de la Résistance veut démontrer la réalité puissante du travail qui se déroule à un niveau communautaire : les militants qui n’ont aucun soutien, à part leur détermination et leur force personnelle, ainsi que leur désir de protéger leurs filles de l’excision. Nous avons voulu que le projet soit inclusif – nous avons donc visité le sud du Sénégal, qui représente la zone la plus affectée par ce problème.

Cette approche a permis d’obtenir un contact direct avec les populations locales, qui se sont ainsi senties concernées et impliquées ; mais également de reconnaître et valoriser les actions menées par les organismes sur le terrain pour lutter contre l’excision. Le Visage de la Résistance offre une plateforme pour ces personnes dont les histoires sont souvent laissées sous silence.

Maintenant, je regarde d’un autre œil les exciseuses – que je considérais auparavant comme des criminelles. Je réalise que beaucoup – si ce n’est toutes – des exciseuses ont elles-mêmes subi cette pratique. Elles n’ont, en outre, aucune idée du mal qu’elles infligent. C’est en cela que l’éducation sur les dangers de l’excision est tellement importante. Les normes sociales sont très enracinées et elles continueront à l’être pour encore plusieurs générations car personne n’ose les remettre en question. Ma rencontre avec d’anciennes exciseuses m’a beaucoup touchéet. Cela m’a permis de les voir sous un autre angle. En effet, j’avais tendance à les considérer comme les principales responsables de cette pratique. Aujourd’hui, je suis persuadée qu’elles sont déjà impliquées – et doivent avoir un rôle plus important – au sein de la lutte contre l’excision.

Les normes sociales sont très enracinées et elles continueront à l’être pour encore plusieurs générations car personne n’ose les remettre en question.

Je suis d’autant plus convaincue de la nécessité pour chacun d’entre nous de contribuer à la protection des filles contre l’excision. Rencontrer des survivantes a renforcé mon engagement envers ce combat.

Le Visage de la Résistance a démontré que l’excision est toujours un sujet brûlant d’actualité. Nous avons encore beaucoup de travail – particulièrement dans les zones les plus reculées du Sénégal, où la pratique est très ancrée dans les mœurs. C’est pourquoi Génération Fille arrive au bon moment et pourra sans aucun doute jouer un rôle important au sein des communautés et des organismes civils afin de travailler pour une abolition effective de la pratique. L’exposition de photos  met,  en lumière ce sujet –le travail incroyable effectué par ces militants des zones reculées au Sénégal et ailleurs qui contribue à l’expansion du mouvement de lutte contre l’excision.

L’exposition se tiendra à Dakar le mardi 5 et le mercredi 6 décembre 2017 à la Maison de la Presse (Média rue 5 X Corniche) : http://www.maisondelapresse.gouv.sn/

Vous pouvez en apprendre plus sur l'histoire du projet Le Visage de la Résistance au Sénégal dans l'article de Leyla Hussein​ « Le Visage de la Résistance : Leçons du mouvement Sénégalais »​. 

Blog categories: 
Regions: 

Subscribe to our newsletter to receive all the latest news and information.

accreditation
accreditation
accreditation
accreditation