Moi qui suis une fille

10 February 2017

Par Aminata Badiane Thioye

Je me retrouve hantée par un certain nombre d’interrogations, des questions que je me pose et que je vous pose : pourquoi les jeunes filles et les femmes souffrent - elle plus que les garçons et les hommes ?

Sommes-nous prédestinées à la souffrance et à la douleur par le simple fait d’appartenir au genre féminin ?

Partant de ces questionnements je m’insurge et décide de vous faire part de notre cri de cœur à toutes face à une pratique barbare qui constitue un grand mal pour nous toutes et tous : les mutilations génitales féminines/excision.

Aujourd’hui nous manifestons un peu partout dans le monde par le biais du moyen dont nous disposons pour l’éradication des MGF/E à travers cette journée tolérance zéro excision. 

Moi qui suis une fille je réitère pour moi et pour mes pairs qu’il y’a une urgence de briser les tabous qui tourne autour de cette pratique coutumière néfaste.

Une pratique qui touche 25% des jeunes filles et femmes âgées de 15 à 49 ans au Sénégal. 25% qui certainement souffrent de douleur, de maladies d’abandon en SILENCE.

Souvent justifiée par l’existence de normes sociales les MGF/E sont perpétrées sous les fausses croyances qui la sous-tendent.

Osons répondre c’est faux à ceux et celles qui disent que certaines religions imposent l’excision : aucune religion ne prescrit l’excision.

Osons encore dire c’est faux à ceux et celles qui disent que les MGF/E rendent les femmes plus fécondes car au contraire elles peuvent rendre la jeune fille stérile.

Osons aussi dire c’est faux à ceux et celles qui soutiennent que la jeune fille non excisée ou non infibulée n’est pas pure : l’excision n’a rien à voir avec la pureté et la virginité.

Il y’a une urgence et c’est de stopper ces idées reçues qui empêchent l’éradication des MGF/E et réconfortent les communautés pratiquantes dans leur ignorance.

Moi qui suis une jeune fille une fois mutilée je me retrouve souvent à faire face à une existence tourmentée qui se résume à des saignements, à une douleur interne intolérable , à de la peur, à de l’angoisse, à des accouchements difficiles ou encore à des infections qui peuvent conduire à ma mort.

Ces grands maux nous interpellent toutes et tous parce que traduisant des douleurs physiques et psychologiques qu’endurent les jeunes filles victimes de MGF/E, leurs cauchemars qu’elles taisent.


Banc des accusés sur la MGF

Pourquoi les laissez-vous nous couper ?

En tant qu’Etat vous avez une obligation de protection des droits et de garant de sécurité envers vos citoyens et citoyennes et c’est en remplissant votre mission de protecteur que vous avez mis à notre portée la loi de 1999 incriminant la pratique des MGF/E mais notre bonheur fut de courte durée car nous constatons que cette loi reste plongée dans un sommeil profond parce que très souvent non appliquée.

Ce n’est certes pas une chose aisée de s’attaquer aux normes sociales mais tout grand changement appelle au sacrifice.

Nous faisons également part d’un avertissement face à une autre menace qu’est le phénomène de la médicalisation de la pratique : nous refusons de laisser sévir cette soi-disant médicalisation des MGF/E qui reflète l’atteinte à l’intégrité physique de la jeune fille, il n’y a pas lieu de penser à la possibilité de faire émerger l’idée d’une « forme de mutilation civilisée », à ce titre nous exhortons l’Etat à prendre toutes les mesures réglementaires et juridiques nécessaires pour la freiner.


Forum National de l’ANJ sur la SRAJ

Pourquoi les laissez-vous nous coupez ?

Religieux, leaders d’opinions, organisations non gouvernementales, secteur privé, secteur public, leaders traditionnels, acteur de la société civile, citoyenne et citoyens vous revendiquez tantôt votre appartenance à un Etat de droit, soutenez tantôt votre commun vouloir d’accéder au développement durable.

Une telle ambition hélas ne peut être atteinte par une société, une nation, un Etat dans lequel les droits des jeunes filles sont bafoués, les jeunes filles et les femmes sont non épanouies et confrontées à une manque de confiance en elle, victimes de MGF/E, ou encore faisant face à de mauvais état de santé.

Vous n’atteindrez le développement durable que si vous protégez les femmes des violences et pratiques culturelles néfastes et les aidez à déployer leurs potentialités au profit de nos collectivités.


Tribunal débat sur le VIOL et le mariage des enfants

Pourquoi les laissez-vous nous couper ?

Moi qui suis une fille j’en étais arrivée à me nourrir d’espoir que dans un avenir certes incertain mais proche nous allons assister à l’abolition des MGF/E et c’est à ce moment-là qu’un autre tourment se profile à l‘horizon : le phénomène de la migration des MGF/E.

Une problématique à laquelle la communauté internationale doit faire face avec toute la rigueur nécessaire notamment l’UE ou les statistiques révèlent qu’environ 500 000 femmes et jeunes filles sont concernées.

Une situation qui pose aujourd’hui le débat sur le droit d’asile pour les jeunes filles et femmes sous menace d’être mutilées.

Une synergie s’impose entre les pays occidentaux et l’Afrique pour y mettre un terme alors jetons les ponts de la concertation et de la collaboration.

Moi qui suis une fille je reste convaincu qu’être femme ne signifie qu’on doit mener une existence douloureuse, la femme n’a pas pour corollaire la tristesse, la faiblesse et la soumission.

Nous devons tous et toutes nous mobiliser hommes et femmes car adopter le silence c’est être complice, et c’est de l’action individuelle que nait l’action collective.

Nous pouvons et nous devons tous agir !

Alors activons-nous !

Aminata Badiane Thioye

Responsable Genre et Droits Humains ANJ-SR/PF

Alliance Nationale des Jeunes sur la Santé de la Reproduction et la Planification Familiale

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